Cure
Une amie nous avait dit: "Eugénie-les-Bains, c'est le trou du cul du monde!"
Elle avait raison.
Mais les thermes, le personnel, les soins y sont remarquables.
Maryse en a tiré un grand soulagement pour ses douleurs rhumatismales.
Et, nous qui savons bouger et qui craignons peu les kilomètres, nous avons su trouver des sorties fort intéressantes et variées.
De plus, nous avons connu trois semaines d'un temps splendide. La piscine du camping nous a vus chaque jour.
Soins, repos, détente, et nous voici frais comme des gardons.
CURE À EUGÉNIE-LES-BAINS en septembre / octobre 2009
Texte de Maryse Legrand
Tapis vert ; un long couloir couvert, cranté d’arcades blanches en bois et croisillons aux fenêtres, bordé d’un parc luxuriant mais très bien ordonné – jets d’eau, massifs de fleurs blanches, allées cailloutées -.
J’emprunte l’escalier et passe sous l’une des arcades. Stupeur : l’armée des ombres blanches me saute au visage ! Les unes assises, attendant je ne sais quoi ; d’autres circulant de droite et de gauche, d’autres encore se dirigeant vers une fontaine, boivent à longs traits un verre d’eau !
Pas de doute, ça y est, je me trouve dans l’antre de l’industrie thermale !
On m’explique.
Je suis les indications à la lettre et après avoir récupéré le matériel adéquat (sac en plastique et carte de soins) après m’être enveloppée, moi aussi, de l’ombre blanche, je descends la pente verte vers les soins – couloirs carrelés blancs, infirmières blanches, portes blanches. Déambulation constante des ombres dans les couloirs labyrinthiques, tous ornés de frises vertes géométriques qui conduisent aux salles et cabines, piscines de soins, selon les indications écrites en vert scellées dans les murs blancs.
En deux temps, trois mouvements, me voilà allongée dans une baignoire blanche, brillant le frais et attends…
Tout à coup, la machinerie se met en branle et l’eau se met à bouillonner. Je sursaute, prise déjà de langueur, lorsque les bouillons s’intensifient.
Autre couloir , autres tabourets d’attente alignés le long des murs ; autres ombres blanches. J’entre dans une laverie automatique pour mains. Dans la pièce, face à face, s’alignent des boîtes blanches percées de quatre trous : deux pour les mains, deux pour les pieds, flanquées chacune d’un tabouret. Je m’assois et les jets chauds se répandent vivement sur mes mains et mes pieds engouffrés dans la machine. Dix minutes d’attente et c’est fini.
Piscine avec jets d’eau chaude pour les cervicales, gymnastique aquatique, douche, rhabillage et direction bain de boue.
Dans une piscine ronde, emplie d’un liquide blanc, s’étalent, s’allongent, se déplient, se replient les jambes de ce qui me semble appartenir à des humains. Seules les têtes garnies de bonnets aux couleurs variées émergent de cette boue.
Descente précautionneuse car la surface est savonneuse et installation. Aussitôt, je me retrouve moi aussi flottant dans ce kaolin ; je surnage, lévite sans un seul mouvement du corps, sans m’accrocher aux deux barres métalliques de soutien. Sensation plus qu’agréable et surréaliste !
Les ombres s’extirpent une à une du bain, le corps blanchi par cette boue porteuse, tels des spectres en procession.
Redouche et nouveau rhabillage ; sortie vers les cataplasmes.
Là, en cabine, allongée sur le dos, mains et genoux couverts de bouillottes chaudes et kaolinées, on m’enveloppe promptement d’un plastique blanc, telle une momie prête à entrer en sarcophage. Dix nouvelles minutes d’attente et on me libère.
Restent les massages sous jet d’eau et enfin la salle de repos : ambiance feutrée et toujours verte et blanche.
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